Présentation
Née en 1851 à Rome, Rosina Mantovani Gutti reçoit ses premières leçons de son père le peintre et fresquiste ferrarais Alessandro Mantovani, installé dans la ville éternelle depuis 1835. Elle suit ensuite l’enseignement du peintre nazaréen Ludovico Seitz, directeur de la Pinacothèque vaticane, auprès de qui elle perfectionne son dessin, ainsi que certaines techniques graphiques comme le pastel et l’aquarelle. Dès les années 1890, elle participe aux principales expositions italiennes et internationales, en privilégiant dans un premier temps des œuvres suggestives d’inspiration symboliste, comme à l’exposition nationale d’art contemporain de Palerme en 1892, l’exposition nationale des Beaux-arts de Rome l’année suivante, les expositions de la Société des Beaux-arts de Bruxelles en 1894 et 1895, ou encore celle de Turin en 1899. Peu après l’exposition universelle de 1900, elle installe son atelier à Paris et se constitue progressivement une importante réputation de portraitiste mondaine, se spécialisant en particulier dans les figures de femmes et d’enfants. Son atelier devient un lieu à la mode où se presse l’aristocratie et la haute bourgeoisie européenne. Rosina Mantovani Gutti réalise ainsi les portraits de la reine Marguerite d’Italie, la comédienne Eleonora Duse, les princesses Yolande et Mafalda de Savoie et Olga de Grèce, pour ne citer que quelques exemples. Exposant régulièrement à la galerie Henri Graves ou chez Marcel Bernheim, ses œuvres qualifiées de « très gracieuses[1] » par le critique Arsène Alexandre se retrouvent dans les collections Spencer, Schneider de Firest, Murat, D’Araconcurt, Castellane et Wanderbildt.
Figurant la séduisante figure d’une jeune fille aux boucles blondes, l’huile sur toile que nous présentons se rattache directement à la figure centrale d’un important pastel d’essence symboliste réalisé par Rosina Mantovani Gutti, aujourd’hui non localisé. Lithographié en 1900 par Franz Hanfstaengl (fig. 1), il ne nous est connu que sous le titre allemand « Blühendes Leben », que l’on peut traduire littéralement par « La Vie fleurie », mais il est possible qu’il ait été exposé à la galerie Henri Graves en 1905 sous le titre plus poétique de La Chaine de roses. En effet, la description qu’en offre un critique semble correspondre à l’œuvre en question, alignant « d’idéales figures pérugines de la plus séduisante harmonie et d’un dessin admirable[2]. ». L’allusion à l’œuvre du Pérugin peut également s’appliquer à notre portrait en buste. Outre le cadrage resserré, les traits idéalisés de la jeune fille et sa robe brodée de soie rouge ne sont pas sans évoquer les portraits de la Renaissance italienne. Le paysage rapidement suggéré en arrière-plan et la chevelure plus évanescente, tombant en boucles dorées sur les épaules du modèle se rapprochent davantage de la peinture anglaise du XVIIIe, à laquelle Rosina Mantovani Gutti emprunte une part de son esthétique. Lors de l’exposition de 1905, Louis Vauxcelles ne manque ainsi pas de saluer ces « fantaisies inspirées de Joshua Reynolds, de Gainsborough[3] ». Le célèbre critique du Gil Blas conclue par des lignes évocatrices qui paraissent exactement correspondre à notre toile, lorsqu’il décrit des visages « avivés d’un rehaut d’or aux cheveux, de bleu aux prunelles, de carmin aux lèvres[4]. »
 
 
Fig. 1 : Rosina Mantovani Gutti (1851-1943), La Vie fleurie, dit aussi La Chaine de roses, 1900, pastel, localisation inconnue.

[1] Alexandre, Arsène, « La Vie Artistique – les expositions », Le Figaro, 24 mai 1905, p. 6.

[2] Bal, Georges, « Exposition des oeuvres du London Sketch Club », The New York Herald, 3 mai 1905, p. 5.

[3] V., L. [Vauxcelles, Louis], « Notes d’art – Peintres étrangers », Gil Blas, 7 mai 1905, p. 1.

[4] Ibid.

Œuvres
Expositions