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  • La Princesse aux primevères, 1895

La Princesse aux primevères, 1895



  • (1871-1950)
  • 91 x 73 cm
  • Huile sur toile
  • Signé et daté en bas à gauche
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VENDU

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Réalisé en 1895, et s’inscrivant dans la période idéaliste de Lucien-Victor Guirand de Scévola, le tableau présenté dans le cadre de cette présente étude (fig. 2) est le parfait reflet des goûts et des prétentions picturales propres à l’artiste dans la dernière décennie du XIXème siècle. D’un format assez imposant, il représente sur un fond blanc crème agrémenté de quelques primevères mauves et de roses une jeune femme de profil coupée à mi-corps, au teint diaphane et à la longue chevelure brune, portant une tunique blanche et un important collier doré d’inspiration médiévale.

Comme dans la plupart des oeuvres symbolistes de Guirand de Scévola, cette peinture concilie l’héritage académique de l’artiste avec ses aspirations idéalistes : un dessin solide et une composition très structurée s’allient à une atmosphère d’ensemble plus nébuleuse. Par le contraste très marqué entre la chevelure noire de la femme, son visage diaphane, et le reste de la toile aux tonalités très pâles, la figure semble comme émerger d’un fond indéterminé, propice à une certaine intemporalité. L’attitude contemplative et le hiératisme de la pose achèvent de rendre énigmatique cette apparition dont le symbolisme est également dû au décalage entre une iconographie néo-médiévale assez précieuse et une facture d’une grande liberté. En effet, si le sujet et la composition de ce tableau dévoile une influence très explicite de la Renaissance italienne, des Préraphaélites anglais ou encore de Gustave Moreau, le pinceau qui en est à l’origine apparaît comme résolument moderne : le drapé de la tunique comme le fond ne sont que suggérés tandis que la longue chevelure résulte de quelques rapides coups de brosse. Cette ambivalence est récurrente dans les oeuvres de l’artiste au moins jusqu’en 1914, et est de maintes fois remarquée par la critique, qui souligne par là même sa profonde originalité, aux côtés de peintres comme Edgar Maxence, Fernand Khnopff ou George Frederick Watts. Ainsi, le critique Marcel Fouquier salue en 1904 les qualités très personnelles de Scévola, qui allie réalisme et symbolisme.

La femme représentée, dépourvue d’auréole ou de couronne, paraît difficilement identifiable, mais plusieurs éléments nous permettent d’émettre quelques hypothèses. Les fleurs reproduites sont porteuses d’une signification symbolique importante : les primevères mauves sont le symbole de l’innocence du premier amour, et les roses, celui d’un premier amour chaste. Cette symbolique axée autour de l’amour et de la pureté est assez régulièrement utilisée dans le cadre des représentations traditionnelles de saintes, de princesses et autres héroïnes de comtes anciens. Dans le premier cas de figure, Sainte Dorothée figurerait comme une hypothèse crédible. Vierge qui subit le martyre pendant la persécution de Dioclétien, le 6 février 311, à Césarée en Cappadoce, elle est la patronne des jardiniers et des fleuristes, et les fleurs comptent par ailleurs parmi ses attributs. La date du tableau peut nous diriger vers une autre hypothèse, car l’année 1895 voit la publication de La Princesse Lointaine, d’Edmond Rostand, qui connaît un succès retentissant. Le 5 avril a lieu au théâtre de la Renaissance la première de la pièce, dont le rôle principal de la princesse Melissinde est joué par la plus grande artiste théâtrale de l’époque, Sarah Bernhardt. Scévola, par ailleurs proche de cette dernière (dont il réalisa le portrait en 1899), avait sans aucun doute pris connaissance de cet ouvrage, et il paraît vraisemblable qu’il ait tout de suite voulu retranscrire les traits du principal protagoniste en peinture : Mélissinde, princesse d’Orient, comtesse de Tripoli, convoitée par le seigneur poète de Blaye Jaufré Rudel. Le compagnon de ce dernier Bertrand d’Allamanon nous offre dans l’ouvrage une description épique de la princesse, connue pour sa grâce, « une Grâce de Sainte qui serait en même temps Magicienne », dont les attitudes « sont de fleurs », et les cheveux « si longs que l’air les met hors d’atteinte du peigne »… des traits qui pourraient tout à fait convenir à la figure mystérieuse qui orne notre tableau.

Maximilien Ambroselli

ŒUVRES DE L'ARTISTE AU CATALOGUE

  • Jeune fille de profil, galerie drylewicz, symboliste, école française, XIXème, Lucien Victor Guirand de Scevola, oeuvre sur papier

    Jeune fille de profil, 1899

  • La Princesse aux primevères, peinture, Lucien Victor Guirand de Scevola, symboliste, XIXème, école française

    La Princesse aux primevères, 1895

L'ARTISTE